
Le Jardin Zen
- Claude Lapierre-Poisson
- 28 déc. 2025
- 3 min de lecture
Le choc ne fut pas brutal...
Mais de minuscules lésions chaque jour venaient s'ancrer dans sa peau de plus en plus profondément, dessinant des marques invisibles sur tout son corps, bien perceptibles pour l'âme.
Elle avait cherché à fuir cette douleur en voyageant vers mille lieux, cherchant un regard qui saurait l'apaiser, une main tendue qui l'aurait rattrapée, un endroit où le mal se dissipait à la vue d'un beau paysage.
Et chaque fois, elle croyait avoir trouvé refuge... mais quelques jours passaient et la douleur revenait toujours. De plus en plus sournoise.
C'était banal pour certain, une montagne à gravir pour d'autres, on la trouvait lâche ou bien courageuse, mais peu importait ce qu'ils en pensaient, elle avait fermé les yeux trop longtemps, s’enfermant dans une bulle stérile qu’elle croyait confortable, repoussant à demain le grand saut, minimisant les répercussions que ses blessures avaient sur sa vie.
Un matin, un soir ou une nuit, elle ne s'en souvient plus, quelque chose céda en silence. Pas une chute, pas un cri, la simple l’évidence douce et terrifiante à la fois qu’elle ne pouvait plus vivre ainsi.
Sa bulle se fissura, laissant entrer l’air froid de la réalité. Tout devint noir. Ne sachant pas quelle direction prendre, elle fit simplement un pas devant l'autre, dans l'incertitude, la peur et l'inconnu. Avec comme seul bagage l'espoir d'y trouver des réponses...

Le voyage était long, sans cartes, ni repères, ni terre promise. Seulement le son de ses pas, de son souffle, les sensations dans son corps. Sa solitude devenait sa seule compagne, parfois lourde, parfois apaisante, mais elle l’apprivoisait.
Elle découvrit que de marcher si longtemps dans l’obscurité permet à l’esprit de percevoir autrement, bien que ses peurs se fassent insistantes.
Elle eut par moment l’impression de tourner en rond ou de reculer, d’être prisonnière d’un labyrinthe éternel. Que la vie lui avait tendu un piège. Il lui arriva même de tomber, affaiblit par le manque de structure, sans savoir où poser les pieds.
Au fil du chemin, elle comprit que le voyage n’était pas une fuite, mais un espace suspendu dans le temps. Des souvenirs remontaient, des émotions, mais à chaque moment de douleur accueilli, elle semblait franchir une étape. Elle n’avançait pas plus vite, mais plus vraie. Dépouillée peu à peu des illusions qui l’avaient autrefois protégée, elle marchait désormais humblement.
Et même si l’obscurité persistait, des choses en elle changeaient. Sa patience, son attention, sa façon de voir les choses...

Après tant de noirceur, elle ne distinguait plus la réalité les yeux ouverts ou fermés, que le noir total et un silence infini. Elle avait avancé longtemps d'un pas lent et mal assuré et des jours sans lumière l'avaient épuisée.
Elle eut envie à plus d'une reprise de simplement se laisser crouler au sol et de stopper sa traversée, ou encore de rebrousser chemin et de courir vers cette vie qu'elle avait connue, reconstruire sa bulle des mêmes matériaux qui lui avaient servi de refuge auparavant.
Mais un second souffle en elle, une intuition, une certitude lui insufflèrent la force de continuer. Et c'est à ce même moment, lorsqu'elle se promit de continuer et de ne jamais baisser les bras, qu'une minuscule lueur apparut au loin.
Avec douceur, la lueur grandit, presque imperceptible, comme si elle craignait elle aussi d’être vue.
Elle n’éclairait pas encore le chemin, mais rappelait qu’il existait autre chose que l’obscurité. À chaque pas, la peur murmurait qu’il serait plus simple d’abandonner, mais la lumière n’exigeait rien, seulement d’avancer. Et plus elle avançait, plus le faisceau lumineux s’épanouissait.
La lueur devenait chemin, le chemin une direction.
Elle comprenait peu à peu que fuir n’était pas vivre, que survivre n’était pas suffisant.
Puis... elle arriva enfin à destination. Et ce qu’elle y vit la toucha profondément.
Elle connaissait cet endroit, plus que n’importe lequel. Elle revenait à la maison. Dans un endroit qui avait été autrefois si doux, mais qui avait été terrassé par des événements, des choix, des douleurs. Cet endroit lui paraissait maintenant si paisible, un vent chaud soufflait doucement, des parfums de doux souvenirs flottaient tout autour. Ce voyage vers l’inconnu l’avait ramené à la maison : en son propre cœur.
Elle savait maintenant qu’aucune destination ne serait plus douce que celle-ci, aucune compagnie plus réconfortante que la sienne.
Elle était devenue son propre jardin de zénitude. Et elle le cultiverait un peu plus chaque jour jusqu’à son dernier souffle.
Pour voir la collection https://www.rosedelune.com/product-page/jardin-zen
L'image derrière les poupées est une oeuvre de Julï, artiste peintre





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